CALCAIRES – installation

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Série de 8 photographies argentiques sur dos bleu.
Action-installation de 5 rochers issus d’un site d’expulsion de Roms sous le pont de la A55 à Marseille.
Logistique polymorphe : Julien Trib’ Tribout
Exposition à Soma, 55 cours Julien, Marseille, du 2 au 31 mai 2024.

Le projet CALCAIRES réunit deux ensembles d’œuvres. Une première série présente huit portraits photographiques de rochers installés sur des zones d’expulsion de bidonvilles à Marseille et à Vitrolles. Elle est accompagnée d’une installation de plusieurs de ces pierres, résultat d’une performance-action où elles ont été dérobées sur un de ces sites. Cette œuvre installée au centre de la galerie imite le positionnement des rochers placés à l’endroit où un camp de Roms a été expulsé. 

Ce procédé consistant à remplacer par un champ de pierres des habitants expulsés de sites pourtant inhabités avant eux, a pour but de les empêcher de revenir s’y installer. Cette pratique violente, symptomatique de notre rapport au territoire, et plus précisément à la propriété privée, montre comment un système s’organise autour de l’expulsion d’une misère qu’il a pourtant lui-même créée. Entre racisme et mépris d’une classe sociale précaire et marginale, ces champs de pierre sont les conséquences d’un rapport de domination anthropique sur le paysage, mais aussi et surtout, ils montrent l’oppression exercée sur des individus, discriminés en raison de leur mode de vie lorsqu’il s’agit de Roms, ou de leur situation de sans-papiers, lorsqu’il s’agit de l’expulsion de migrants. Ces dynamiques prennent leur source dans les valeurs capitalistes structurelles destructrices, pour les individus comme pour l’environnement. Elles montrent l’absurdité d’un système qui défend des propriétaires fonciers au détriment des habitants de ces terres, quand bien même ce propriétaire serait l’État lui-même. 

Pour réaliser cette action, nous nous sommes introduits par effraction dans un site fermé par un portail cadenassé, à l’aide d’un camion et d’une grue d’atelier. Nous souhaitions à la fois “libérer” le site de son emprise minérale, mais aussi l’exposer, afin de rendre visible cette pratique. En déplaçant des rochers a priori immuables, nous avions la volonté d’être des perturbateurs qui, par l’action artistique, interrogent les causalités de ces procédés d’exclusion. 

Les portraits des rochers photographiés montrent la figure des nouveaux occupants des lieux, installés là en remplacement des habitants. Ils mettent en exergue l’absence des personnes expulsées de ces sites. Les arrière-plans des images de ces pierres donnent à voir l’environnement coercitif qui les entourent de manière fragmentée et à la lisière du hors-champ. 

Le projet CALCAIRES porte l’utopie d’un monde libéré des mécanismes de domination. Il affirme la nécessité de sortir d’une politique étatique violente et de réinventer une nouvelle manière d’habiter le monde. Enfin, il livre l’ambition d’un futur fondé sur l’autodétermination de nos existences, basé sur l’empathie, le respect des terres et du vivant. 

Sibylle Duboc

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